Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Nouveau

- des nouvelles de Raga

A venir, attendu


-  1968 :  vos réactions .....
  

Derniers Commentaires

Les textes présents sur ce blog ne sont pas libres de droit et si vous souhaitez utiliser des extraits , merci de m'en faire la demande au préalable.
Jeudi 5 juin 2008

 

    En ce mois d'août 1968, le temps s'était arrêté devant mes bols de cornflakes dont  je lapais le lait en regardant tout ce qui trainait de vieux films américains à la télévision. Franck s'ennuyait aussi. Sa douce et belle avait trouvé d'autres prétendants à faire grimper aux arbres pour lui cueillir la plus belle des fleurs, celle qui était forcément tout au bout de la branche du haut. Loin de ces jeux puérils, dans une parenthèse un peu vide, nous attendions l'avenir. Notre escapade américaine nous laissait un goût étrange dans le corps, une sensation de bousculade et d'inachevé. 

     Nous avions repris le chemin de la verte Normandie où les vaches étaient blanches et noires, as usual. Nous préparions le départ pour le service militaire de l'aîné de la bande en mélangeant et en testant tout ce que nous trouvions d'alcool dans le buffet des parents, je donnais mes premières leçons maladroites de rock ‘n roll sur le beat du déjà éternel « Satisfaction ». Franck voulait devenir coureur automobile et, pour freiner son impatience, m'emmenait en virée sur sa mini moto faire le tour des copains. Le roulement des chars russes entrant dans Prague était loin de nos oreilles, seuls retentissaient  le bondissement mat des balles de tennis sur les courts de campagne et le trot des chevaux qui retournaient, bride sur le cou, vers leur enclos.

    Plus la rentrée approchait, plus nous ressentions la montée d'une belle « gueule de bois ». Il allait falloir se ressaisir, retrouver la forme, l'excitation, le désir. Une année scolaire importante s'annonçait avec épreuves à l'appui, qui serait plus déterminante qu'on ne croyait. "1968 " était passé par là.  Pour moi, les deux années suivantes allaient imprimer leur sceau de façon tout aussi importante mais je l'ignorais encore, sans quoi j'aurais été plus méfiante et aussi plus enthousiaste.

par pduthion publié dans : voyage
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Dimanche 1 juin 2008

    Nous avons passé nos dernières heures américaines à nous remplir les yeux des impressions défilantes des néons, à faire le plein de « pair of jeans » de toutes les couleurs, à acheter des cadeaux pour les parents et des gadgets pour frimer devant les copains, à déguster la boisson nationale tirée de fontaines à sodas, à nous barbouiller le nez de la sauce au fromage qui inondait nos sandwiches à étages, à remplir nos poumons du regret de devoir partir. Je parle pour moi. Franck étalait déjà en pensée sur la couverture soyeuse de son lit à baldaquin les trésors amassés pendant ce voyage. Je faisais provision de souvenirs et me promettais en moi-même de revenir. Je reviendrais effectivement quelques années plus tard dans un New York tout à fait autre qu'au fil des séjours j'apprendrais à aimer. Déjà, au moment de partir, j'éprouvais cette sorte de vertige que chacun ressent en apercevant dans les premières lueurs du couchant, de l'autre côté du pont, les tours de Manhattan défiant le ciel.
    Tout allait si vite. Tout était si fort, si grand. Il m'arrivait le soir de repenser aux mois écoulés, à ma vie routinière de pensionnaire, à son basculement dans un quotidien improvisé, à ma mère et moi partageant l' excitation des journalistes, nos oreilles penchées vers le transistor, à mon étonnement devant les velléités de Franck soulevant un pavé, à la « chienlit » réintégrant la normalité, chacun à son poste, les yeux encore rêveurs, à ce départ si soudain et si simple vers l'autre monde, celui dont notre adolescence avait été nourrie, oui, le temps passait trop vite.

    Nous avions préparé notre retour très sérieusement. Et pour cause ! Si aucun des objets paranoïaques de notre monde actuel n'existait,  il y avait quand même une profession qui ne chômait pas, même s'il lui arrivait de faire grève, c'était celle des douaniers. Franck m'avait confié le barillet de l'arme qu'il avait démontée. Je l'avais dissimulé dans ma trousse à maquillage ainsi que les fines plaquettes de bois décorant la poignée que j'avais enveloppées dans du papier crépon rose. Lui-même s'était enfoncé le corps du délit dans le creux du ventre et l'avait efficacement collé contre sa peau à l'aide de tout un rouleau de sparadrap américain de la plus grande largeur, solide comme de la peau de buffle. Pendant la douzaine d'heures où il a enduré héroïquement son calvaire, ses poils prisonniers l'appelaient à l'aide et son estomac compressé l'empêchait de respirer.
    A l'arrivée, nous ne nous connaissions plus. Malgré son physique à inspirer les suspicions il a passé la douane sans être arrêté alors que j'ai dû me plier aux sourires du douanier qui m'inspectait : « Rien à déclarer ?
- Non.
- Vous êtes sûre ?
- Un sac à main en peau de daim orange de chez Sacks pour ma mère. Mais ça, c'est permis, non ? ».
    Mon sourire rosissant ayant satisfait les ambitions douanières, j'ai pu alors rejoindre mon acolyte sans encombre.
    Dans le taxi, il s'est empressé de décrocher ses compresses en expulsant de brefs Ha ! explicitement douloureux qui attiraient l'œil de notre chauffeur vers son rétroviseur. Je lui ai rendu les parties manquantes, il a fait prestement disparaître le tout dans son sac et le taxi l'a déposé devant son immeuble bourgeois du 7ème arrondissement. Le chauffeur a continué de rouler dans Paris ensoleillé, nous avons traversé la place de la Concorde déserte en cette fin de matinée et il m'a laissée rue Royale où j'ai surpris ma mère en surgissant à l'accueil de la maison de produits de beauté pour laquelle elle travaillait. That's all folks ! Fin de l'épisode américain.


par pduthion publié dans : voyage
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 23 mai 2008
    C'était la fin de l'après-midi, John conduisait lentement, notre conversation s'accordait à son rythme. Il avait vaguement entendu parler des émeutes en Europe, sans plus. Son souci majeur était la guerre au Vietnam et le « Flower power » épinglé à son gilet de peau n'était qu'un gri-gri pour conjurer sa peur. Un reste de soleil découpait les pointes de la Sierra, loin à l'ouest, les hippies allaient se regrouper dans une maison à la sortie de la ville.    « Come with us! ». John insistait : « I go tomorrow to Frisco, come with me ». L'invitation était séduisante. Chaque minute écoulée soulevait son lot d'aventure devant mes yeux perpétuellement étonnés. J'en frissonnais. John nous proposait de passer la soirée avec eux à faire de la musique, à partager leur repas, à dormir là-bas et, le lendemain, à faire avec lui  le voyage en voiture jusqu'à San Francisco. Why not ? 

      Franck s'est empressé de freiner mon enthousiasme naissant : « Ah non alors ! On ne va pas se taper des heures de route en zigzag alors qu'on met à peine une heure en avion ! C'est absurde. ». Rien ne nous attendait, nous n'étions pas pressés, pourquoi pas ? « En plus, sa voiture est pourrie, ça va être inconfortable au possible, on va avoir les reins en compote, en plus il n'y a rien, pas un brin d'herbe, tu as bien vu en arrivant, de l'avion ! ».  Je n'étais pas d'accord sur la notion de paysage mais la perspective d'une route grimpante tout en lacets m'a rappelé de mauvais souvenirs. Je me suis donc rangée à son avis, avec quelque regret.  Nous avons quitté là notre compagnon après un échange d'adresses qui a suscité un gloussement ironique de sa part : « On passe son temps à laisser des numéros de  téléphone, des adresses à des gens qu'on n'appellera jamais et qu'on ne reverra jamais plus ! Tu ne vas jamais lui écrire, à quoi ça sert ! ». N'empêche, who knows ? D'ailleurs, si on ne s'est jamais revus, on s'est quand même écrit une fois, à Noël.

    « Taxi, airport ! ». Franck avait pris la commande vocale. Retour à notre chambre spacieuse, claire, confortable du centre de San Francisco avant même que la bande de hippies ait allumé son premier joint d'après-dîner.  De fait, qu'aurions-nous fait là-bas ? Expérimenté notre première substance illicite ? Nous ne fumions pas et ne buvions pas d'alcool. Trop sages, ces Frenchies ! Non, notre drogue c'était les cornflakes dont nous abusions immodérément et, pour moi, l'aventure au coin de la rue avec Franck qui me serrait de près car il avait fait une promesse à ma mère et se sentait responsable de moi. Avec un tel chaperon sur les talons, je ne risquais pas grand-chose.
    Depuis qu'il avait son objet de collection dans sa valise, il se languissait de plus en plus de sa copine restée à Paris. Il voulait rentrer. J'étais stupéfaite. Quoi, pas de traversée de l'Amérique en stop, au gré des vents, des voitures, des cow boys, des motos, des bus Greyhound ? J'étais partie sinon pour toujours, du moins pour le plus longtemps possible. Franck ronchonnait : « Quand on a vu un gratte-ciel on les a tous vus ». Le monde se réduisait à son confort et à ses habitudes. Il ne voulait pas se traîner sur les routes avec moi, faire de mauvaises rencontres, attraper des angines dans des bus climatisés, il en avait assez vu. J'ai fini par céder. Je lui étais redevable de ce cadeau inestimable, ce voyage aux U.S.A., qu'il n'aurait pas fait sans moi mais que je n'aurais pas fait sans lui.

     Nous avons donc fait nos bagages pour un retour au ralenti, en nous offrant même le luxe de retourner sur nos pas newyorkais, y compris dans cet hôtel sombre près de Grand central - ah déjà l'horrible poids des habitudes !!! -  où le portier, de surprise, en est devenu aimable. New York était toujours aussi collante, moite, grise, sale et les carrures bleues massives des cops qui arpentaient 5ème avenue dans la lumière des néons, le gourdin à tâtée de main, n'étaient pas rassurantes. Mais nous n'étions déjà plus complètement là. Le décompte était commencé.

par pduthion publié dans : voyage
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 16 mai 2008

 

    John, longs cheveux châtains lavés mais pas peignés noués ensemble dans un catogan, est venu à notre rencontre : " Where from ?
    - From France.
    - Europe ! "
      Il ne connaissait pas la France, ne savait pas  où la situer sur le planisphère mais il en avait entendu parler parce qu'elle était placée sur le chemin des Beatniks qui passaient du côté de la rue de la Huchette à Paris avant de continuer leur route jusqu'à Katmandou.
    John contemplait d'un air songeur la barbe ronde, brune et drue, de Franck comme s'il évaluait leur fraternité à la quantité de pilosité qu'ils avaient à partager : nul doute que l'épaisse toison à la Che que Franck arborait fièrement était impressionnante si l'on en jugeait à la jeunesse de son visage.

    John nous a invités à rejoindre le groupe, occupé à ramasser tout ce qui trainait de papiers sales sur la pelouse. Opération séduction : il fallait prouver aux bourgeois de la ville que les hippies avaient le sens de la propreté, de l'éducation, qu'ils n'étaient pas méchants et que les enfants pouvaient être lâchés sans crainte dans le parc.  Nous avons joint nos efforts aux leurs et avons nettoyé notre portion de pelouse.
    Afin que ces bonnes intentions soient connues de la cible visée, ils avaient invité une équipe de télévision à venir les filmer. M'ayant repérée, le journaliste est venu me demander ce que je pensais de cette action, des hippies, de la ville, du pays, des Américains et j'ai répondu tout ce qu'on attendait que je dise, que c'était bien, que c'était beau, que j'aimais beaucoup. Le soir même, au journal télévisé local, je serais star pendant trente secondes et dans mon propre pays on ne le saurait même pas !

    Une fois l'équipe de télévision partie, toute la bande s'est dirigée vers des véhicules colorés,  fleuris de peintures primaires, aux carrosseries marquées du sceau des expériences. Nous avons grimpé au côté de John. Tout en regardant droit devant lui, Franck me labourait le flanc de coups de coude en chuchotant dans mon oreille : « Vas-y, demande-lui.
   - Demande-lui quoi ? ".
    J'avais déjà oublié.  
    Pendant que John nous vantait le charme de la vie locale, je maudissais Franck, son obsession et surtout mon manque de fermeté, tout en réfléchissant au moyen de faire accomplir un geste contre nature à un pacifiste convaincu. J'ai choisi de lui expliquer tout simplement la chose. Le regard de John a soudain changé de couleur, de noisette au miel il a viré au brun foncé. J'étais gênée pour lui.
    "  What for ?
    - Nothing ! Pour rien. The man is a collector, no more."        
    Franck se penchait en avant en souriant pour rassurer notre interlocuteur, sans se douter qu'il nous dévoilait un sourire tout ce qu'il y avait de plus carnassier. Le mieux est parfois l'ennemi du bien.

      Finalement, John a planté le nez de la station wagon contre un trottoir, il a disparu dans une boutique dont la vitrine ensoleillée masquait l'intérieur à notre regard, il en est ressorti deux minutes plus tard avec un gros objet enveloppé dans du papier journal, il a repris sa place derrière le volant, a glissé le paquet jusque sur les genoux de Franck en le priant de faire disparaître cette chose de sa vue et nous avons repris notre conversation comme s'il n'y avait pas eu d'intermède.
    En long chapelet de mots déroulés à la Dylan, sa voix nasillarde et juvénile m'interrogeait. Il voulait que je lui parle de Paris- France, de la Tour Eiffel, au-delà du pare-brise poussiéreux il rêvait de cette route vers l'Est, cette longue route poudreuse qui serpentait sur les cartes jusqu'à l'Himalaya.

par pduthion publié dans : voyage
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 12 mai 2008

Qui a connu la solitude de l'écrivant de fond ?

A suivre la suite de l'aventure à Reno.

Mais avez-vous envie de connaître la suite ?
par pduthion publié dans : voyage
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Vendredi 2 mai 2008
    Dès l'aéroport, Reno confirmait sa réputation : des machines à sous posées dans le hall attiraient une concentration d'amateurs en perdition. Nous avons pris un taxi et découvert le paysage, celui qu'on voit dans les films de western, des rectangles de maisons basses, des épiceries, des bars, des  stations d'essence,  et partout, des machines à sous adossées aux murs.

     Tout en mordant dans notre sandwich et en avalant notre verre de lait, nous observions ces Américains  aux gestes presque automatiques, l'oreille bercée par le cliquetis métallique des « coins » et le jeu musical des bandes de fruits ou de portraits qui se mettaient en place. Franck s'est laissé tenter : «  On joue ? ». On a mis chacun un billet dans la cagnotte et on s'est dépêché de tout perdre.

      Puis nous avons fait un tour en ville. Franck avait une idée derrière la tête, une drôle d'idée, une idée bien embarrassante. Et il avait besoin de mon concours pour exécuter les basses œuvres. Depuis l'enfance il collectionnait des objets de garçon, canifs, coutelas, épées, sabres, revolver, colt, fusil, que sais-je.... que seuls les « very important potes » de l'époque avaient eu loisir de contempler sous haute surveillance. Pour ma part, jamais vu mais entendu vaguement évoquer.  Donc Franck savait ce qu'il voulait mais ne savait pas comment l'obtenir. Aux Etats-Unis, comme chacun sait, il est plus facile d'acheter une arme qu'une baguette de pain moulée bien cuite. A condition d'avoir l'âge. Et Franck n'avait pas l'âge. Moi non plus d'ailleurs, jeunette pas insouciante mais inconsciente.

      Nous voilà postés à l'angle de deux rues centrales, à l'heure du déjeuner. Franck me pousse du coude : « Celui-là, allez, vas-y.
-     Non, pas celui-là, tu as vu la tête qu'il a, il fait peur. Attends, laisse-moi au moins choisir !
-     Celui-là alors, allez, vas-y.... ».

    Celui-là, costume - cravate, la trentaine, marié,  j'avance doucement vers lui, il ralentit le pas, jette un œil vers mon acolyte barbu et chevelu, me regarde, le sourcil prêt à s'envoler, s'arrête à ma hauteur : « Excuse-me, sir, may I ask you something quite special, but which we can't do by ourselves because we are too young..... ».

    Et me voilà en train d'expliquer à ce propre-sur-lui qu'il ferait plaisir à mon copain s'il consentait à acheter pour lui une arme de type revolver. Il faisait chaud, de plus en plus chaud au fur et à mesure que j'essayais de le rassurer, je devenais de plus en rouge, le jeune monsieur de plus en plus blanc et ses yeux s'ouvraient de plus en plus grand. Finalement il a répondu qu'il rentrait déjeuner et que s'il nous trouvait au même endroit à 14 heures, il accèderait à notre demande.  A 14 heures, nous étions là, mais lui, évidemment, n'y était pas.

    Franck râlait. Pour un peu, c'était de ma faute, j'expliquais trop, je n'étais pas convaincante. C'était tellement simple : il suffisait d'entrer dans la boutique, de poser un billet vert avec impression "in god we trust "sur le comptoir, de prendre l'article et de ressortir par la même porte. Je marchais, je n'écoutais plus. C'est ainsi que nous sommes arrivés dans un parc où nous sommes tombés sur une bande de hippies.

par pduthion publié dans : voyage
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 24 avril 2008

 

      Lorsque « Mademoiselle âge tendre » débarqua sa fine silhouette un beau matin à l'hôtel, flanquée d'un jeune homme aussi mince qu'elle, Franck sortit  son sourire des grandes circonstances, un sourire rougissant, et fit même l'effort de balbutier quelques mots.
      Depuis que nous étions en terre américaine, il avait grommelé quelques sons mais rien qui soit véritablement audible, s'était même rapidement fatigué des phrases entières que je m'appliquais à formuler, dans l'intention d'être polie et pour rentabiliser au mieux les quelques années de cours au pensionnat qui avaient tant coûté au porte-monnaie de ma mère. Franck, en bon Gaulois, râlait : « Brrread, ça suffit, ils comprennent, qu'est-ce que tu t'embarques dans des would- you je ne sais quoi ! ».
      Exclue l'idée du simple plaisir de jongler avec des mots tout neufs, de s'exercer à une musique nasillarde ferme, solide et souple, au rythme régulier, à une langue comme un gros malabar rose qui n'en finit pas d'étirer sa chair au bout du doigt avant de réintégrer la caverne à bulles pour une mastication laborieuse. Avec le jeune couple Franck était en terrain de connaissance, en voisinage parisien, il en devenait aimable et en oubliait même de gémir après son amour restée en France, amour impossible bien sûr.

      Nous avons découvert ensemble Fisherman' s dwarf, croqué des crevettes en buvant du lait , mangé chinois à Chinatown, éprouvé quelques frissons à la vue des Hell's angels tout en cuir noir, louché vers quelques homos discrets, rencontré un autochtone qui habitait dans une de ces jolies maisons au bord d'une rue en pente, attendu qu'il gare sa décapotable européenne correctement - sous peine d'amende - les roues tournées vers le trottoir, consulté et collectionné toutes sortes d'affichettes invitant à des rassemblements musicaux, été choqués par l'enseigne vivante d'un club douteux où une jeune danseuse à peine vêtue était  prisonnière d'une boule transparente surplombant la rue. Nous avons rejoint les étudiants sur les pelouses d'Union Square, là où six ans plus tard Paul Newman, Steve Mac Queen, Fred Astaire se croiseraient au milieu des flammes de  «La tour infernale » et commencé à comprendre que la paire contrastée que Franck et moi formions, la petite blonde ingénue et le barbu castriste, encore mineurs dans un pays où on pouvait conduire dès seize ans mais ne boire de l'alcool qu'après vingt et un, ne laissait pas de provoquer l'étonnement et d'attirer les sympathies.

      Après le départ de Mademoiselle et de son copain, nous avons décidé de lever le camp : Vegas ou Reno ? Selon le procédé qui avait été un succès, nous avons décidé d'embarquer pour le premier vol annoncé : « Gate number four, flight for Reno »

 

par pduthion publié dans : voyage
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 22 avril 2008

 

    Après avoir traversé le « Village », remonté Broadway jusqu'à Times Square, écouté de la guitare folk, acheté des gadgets, enfilé des « jeans » étroits, visité « the biggest store in the world, Macy's », approché Harlem, pris un taxi, puis le métro, avalé des sandwiches, marché à n'en plus pouvoir de fatigue, nous avons décidé, après une courte délibération, que le lendemain nous mettrions les voiles.

    A l'aube, la main de Franck sur mon épaule m'a réveillée. Un doigt sur les lèvres, il m'a fait signe de le suivre en silence. Au moment d'atteindre la porte de la chambre, une paupière de notre compagnon de voyage s'est soulevée, laissant apparaître un regard flou posé sur nous,  Un regard aussitôt reparti dans les abysses du rêve. J'ai refermé la porte délicatement, nous avons dévalé sans faire de bruit le tapis rouge de l'escalier jusqu'à l'entrée où nous avons  indiqué au portier : « There is still someone inside the room.... ». Nous nous sommes engouffrés dans un taxi. Direction : l'aéroport.

     Il était six heures. Le panneau indiquant les avions en partance offrait une multitude de destinations. Franck avait envie d'aller au Texas, je préférais la Californie. Nous avons décidé d'un commun accord de ne pas choisir et de prendre au hasard le premier vol au départ. C'est ainsi qu'on s'est retrouvés ceintures attachées dans un vol pour San Francisco.

      Tout de suite nous avons senti un air marin, clair, un vent doux presque frais dans un ciel bleu, des effluves bruineux de port. Franck savait où nous allions : au cœur de San Francisco, dans un hôtel où il espérait bientôt rencontrer « Mademoiselle âge tendre », la gagnante du concours du journal du même nom. La chambre était claire, la salle de bains était claire, la fenêtre donnait sur la rue et sur un ciel clair. Nous avions troqué une étuve étouffante aux larges trottoirs et aux bâtiments dressés vers un ciel gris contre une ville provinciale où, même en plein centre,  il régnait une atmosphère de détente, de vacances, où des jeunes gens paressaient nonchalamment sur des pelouses vertes bien nourries. Le sourire était revenu sur mes lèvres.

      Un petit tour de quartier nous a confortés dans cette impression, et un plan de la ville en main, nous avons commencé à explorer et repérer les abords.

par pduthion publié dans : voyage
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 18 avril 2008

    A 17h, nous quittions tous quatre le bureau du Mister-dont- j'ai-oublié-le-nom pour prendre l'ascenseur, en chute libre selon l'opinion de mon estomac, et aller à pied et à bonne allure du Rockefeller jusqu'à Grand central dont nous avons traversé le ventre gigantesque pour nous rendre sur les quais, dans les couloirs étroits qui abritaient les trains de banlieue.
    Le wagon était occupé par une grande majorité d'hommes en costumes, la veste accrochée à un clou, la cravate dénouée sur la chemise, qui parcouraient leur journal ou discutaient entre eux. Nous avons pris place en face à face, tout à l'écoute de ces nouvelles sensations de voyage.  J'étais un peu intimidée par cette invitation, par le naturel avec lequel cet homme nous accueillait. Je voulais faire preuve de bonne éducation, faire honneur à mon pays même si jusque-là cela avait été le cadet de mes soucis. J'étais aussi un peu inquiète de voir la banlieue verte qui lentement, très lentement défilait  derrière les vitres et nous éloignait peu à peu du centre de la ville.  Le train s'arrêta en rase campagne. Le monsieur se leva, s'excusa, disparut. Je l'aperçus par la fenêtre qui s'éloignait tranquillement le long du train. Que se passait-il ?  Trois minutes plus tard, notre Mister revenait parmi nous :  il était allé téléphoner afin qu'on vint nous chercher en voiture à la gare de Chappaqua.
   
    Effectivement, une voiture nous attendait, conduite par sa fille. Pas une Cadillac rose ou une de ces longues voitures blanches qu'on voyait dans les films des années cinquante, juste une grosse voiture avec un moteur qui faisait le bruit d'un bateau. Nous avons longé une série de maisons entourées de pelouses avec une allée qui mène à la route et une boîte aux lettres perchée sur un poteau, comme dans "Mickey". Pas de centre ville, ce qui nous a un peu dérouté, mais un petit centre commercial, comme dans les films avec James Dean. Finalement la voiture a emprunté une des allées, est entrée tout droit dans le garage et nous avons été accueillis par sa femme.

    Le dîner fut servi à sept heures, ce qui nous donna juste le temps de voir nos chambres tapissées de délicat papier bleu, de nous laver les mains et de nous recoiffer. Il fut précédé par un bénédicité, récité debout les mains jointes par le maître de maison. Les trois français étions muets de gêne et d'ignorance. La soirée se passa très courtoisement. La fille de la maison - dont nous venions enfin de comprendre qu'elle était sa jeune correspondante - et son chaperon de blonde mère, échangeaient des propos communs avec notre compagnon de rencontre.  Franck et moi étions très mal à l'aise car nous ne trouvions rien d'intéressant à raconter, ce qui était normal pour Franck, moins pour moi.
   
    Avant d'embrasser chacun notre oreiller, nous avons fait le point :  retour demain à  New York City. Le quidam serait bien resté plus longtemps avec la fille, libre à lui, mais  Franck et moi voulions poursuivre l'aventure. Le lendemain matin, nous avons emboîté le pas du Mister, déçu de nous voir repartir si vite, avons remercié tout le monde, quitté cette charmante bourgade sans nous douter que quelques trente années plus tard un couple présidentiel dont nous ignorions le nom, les Clinton, y éliraient domicile et, soulagés, avons retrouvé le cher bitume détesté, le réceptionniste pas plus aimable et l'affreuse suite de l'hôtel où nos maigres bagages nous attendaient.
par pduthion publié dans : voyage
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 16 avril 2008
    Sous le soleil lourd de juillet, les abords de Kennedy airport paraissaient vides, à l'exception de la file de taxis en attente. J'avisai un jeune quidam à quelques mètres de nous et allai m'enquérir de renseignements sur l'arrêt d'autobus. Fort aimable le quidam, qui cachait mal un accent du vieux monde : "Do you speak french ?
- Yes, I am French.
- So do I !"
Heureusement, le ridicule ne tue pas.
   
    Nous voilà partis tous trois vers le centre de Manhattan, vers l'hôtel que j'avais sélectionné au grand hasard, juste derrière Grand Central, la célèbre gare qui permit à Cary Grant de s'enfuir vers Chicago dans "La mort aux trousses". Le réceptionniste, pas plus aimable que ça, nous mèna vers une "suite", choisie parce que ça faisait rêver et parce que c'était moins cher divisé par trois. La "suite" n'avait de chic que le nom : elle était sombre, les meubles étaient sombres et laids, les fenêtres donnaient sur une arrière-cour sombre et pleine du vrombissement des climatiseurs. Mais quoi, nous étions à New York et  cette laideur nous propulsa d'autant plus vite vers le macadam.
        
    Nous avons arpenté les avenues, à commencer par la cinquième, Madison et Lexington. Les garçons collaient leurs nez à toutes les vitrines vantant des appareils photo, Franck étant sûr de faire de bonnes affaires.  Nous sommes descendus vers Union square et Wahington square où quelques chevelus entourés de touristes jouaient de la guitare, surveillés de loin par des mastodontes en uniformes sombres qui jouaient du gourdin entre leurs mains.  Nous avons rencontré deux jumeaux franco-russes dont la soeur était devenue - preuve qu'elle était magnifique - strip-teaseuse dans la Grande Pomme, raisonnement qui me laissa pantoise. Nous avons goûté à nos premiers hamburgers à étages, pain - crème - laitue - rosbeef -f romage -laitue - crème - tomate - pain. Ce n'était pas mauvais mais mon ouverture bucale n'était pas assez grande. Nous avons passé la soirée dans l'amphithéâtre  de verdure de Central Park où se jouait une pièce de Shakespeare dans un anglais un peu trop parfait mais que c'était bon de pouvoir enfin étendre ses jambes !
    Etait-ce le décalage horaire, le ciel platement gris sous les rejets de vapeur, la chaleur collante, la dureté du bitume, le manque de vie dans une ville désertée en grande partie par ses habitants au moment des vacances ?
New York ne me plaisait pas, je n'aimais pas New YorK. 
   
    Le lendemain, nous avions rendez-vous au Rockfeller center avec un père de famille dont le bureau était situé dans l'un des derniers étages du Building. Notre ascension vers les hautes sphères fut marquée sur nos fronts par des perles de sueur, davantage dûes à la sensation naissante de claustrophobie qu'à la température. Le monsieur, un ami d'un ami d'une amie, nous reçut avec un clair sourire et nous emmena tout-de-go avec lui chez lui, à quelques kilomètres de la ville.
    C'est cela qui est beau dans le voyage, toutes ces premières fois qu'on expérimente et dont on se souviendra.


par pduthion publié dans : actualité
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Présentation

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus